ELÉONORE

Femme-enfant toujours sur le fil

0 © Julie Oona

Eléonore est un paradoxe. Tout en elle reflète la contradiction de la femme enfant. Un souhait irrépressible de ne pas grandir malgré le temps qui passe. Et pourtant ses textes traduisent l’inverse. L’auteure-compositrice-interprète met au premier plan des textes matures ciselés qui redorent la variété française trop longtemps bafouée. Portrait d’une jeune artiste mélancolique qui a placé le texte au centre de son art.

© Julie Oona

Enfant gâtée. Assurément. Comme elle le titre d’ailleurs dans un premier EP enregistré entre Londres et Paris. Capricieuse également. Mais l’âge lui fait prendre conscience de la valeur de la liberté. Faire ce que l’on aime et s’exprimer librement sont devenus des combats auxquels Eléonore se raccroche depuis la plus tendre enfance. Autodidacte, véritable touche-à-tout, c’est déjà à l’âge de 5 ans qu’elle découvre la musique sur le piano familial. Baignée dans une famille italienne où la musique occupe une place sacrée, la jeune fille va alors naturellement développer des aptitudes à ce mode d’expression. Formée au conservatoire, elle enchaînera à l’adolescence avec des groupes de potes, où sa voix font d’elle la chanteuse leader. Une place qui ne lui convient pas totalement. Armée d’un tempérament de feu, Eléonore sent qu’elle ne veut pas faire de la figuration. Sans chercher à être dans la lumière pour y être, elle veut défendre ses textes et affronter la scène. Ses premiers poèmes naïfs deviennent petit à petit des chansons engagées. Épaulée et encouragée par ses proches, la jeune femme va alors sortir du placard. Il lui aura fallu connaître l’amour à sens unique pour immortaliser sa douleur dans le sublime « Diego », reflet d’une relation platonique où ses désillusions marqueront le point de départ d’une autre manière d’appréhender la musique. Un peu comme un « Someone like you » d’Adele, Eléonore comprend alors le sens qu’elle peut donner à son instrument et va mettre sa voix au service de ses démons. Bien qu’elle se protège en apparence, affichant quotidiennement un look volontairement coloré et juvénile, la profondeur de sa voix, elle, ne ment pas. Grave, aérienne, vaporeuse, intense, elle reflète la grande mélancolie qui l’habite sur des textes qui parlent volontairement de ce qui l’écorche.

Eléonore est en effet une hypersensible. Ses textes sont dictés par ce qui l’entoure, ce qu’elle vit et ce qui l’affecte. Bien qu’elle souffre d’un manque de confiance en elle, elle ira jusqu’à tenter l’expérience du télé-crochet musical, devant des milliers de téléspectateurs qui la découvre alors en 2015. Un terrain de jeu qu’elle abordera comme un véritable marathon. Chaque étape sera vécue comme si elle était la dernière et jamais elle ne se sentira légitime pour aller au bout. Mais cette expérience la marquera au fer rouge. Son envie de créer est là. Son rêve de vivre de sa passion immense. Eléonore va alors s’entourer de compositeurs de talent qui vont apporter les touches sixties et eighties qu’elle aime tant dans la variété française. Nostalgique, la chanteuse s’ancre dans un univers volontairement daté comme un signe de lutte contre l’obsession du temps qui passe. Désormais rompue à l’exercice de la scène, Eléonore a néanmoins compris la chance qui était la sienne et explore les complexités de la vie au travers de sa musique. L’amour bien sûr mais aussi l’acceptation de soi, la liberté d’être, la société ou encore l’écologie, dans un titre à venir, né d’un terrible désarroi face à l’effondrement climatique sans que personne ne semble y prêter fermement attention. Désormais l’artiste se sent pousser l’envie d’être actrice de sa vie et non plus spectatrice. A fleur de peau, elle utilise sa plume pour éclairer sur le monde qui l’entoure et les repères qui glissent sous ses pieds sans qu’elle ne puisse rien y changer. Pas étonnant qu’elle ait choisi en parallèle comme job alimentaire la voie du journalisme, où elle couche également des notes verbales qui font sens. Libre et rêveuse, c’est dans ses clips oniriques qu’elle préfère se blottir quand tout va mal, car au fond, être une enfant gâtée, et avoir conscience de sa chance, tels sont les aveux largement pardonnés de cette artiste « attachiante » qui nous veut du bien !

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