Nicolas Vidal

Culture pop spontanée

1 © Sébastien Navosad

Il pourrait être le digne héritier d’un Alain Chamfort ou d’un Étienne Daho, auxquels il emprunte les mêmes sonorités pop underground. Dans une urgence de contenir son intention première et de faire un projet qui lui ressemble, Nicolas Vidal a pressé le pas pour se créer un univers coloré comme un signe de résistance au temps qui passe. Portrait d’un artiste aussi touchant dans la forme que dans le fond.

© Sébastien Navosad

Donner du sens à ce qu’il fait et sans cesse créer, voilà une conduite salutaire pour Nicolas Vidal qui a renoncé à lutter contre ses pulsions créatrices. Ses débuts hasardeux sur les planches sonneront comme un électrochoc dans la suite qu’il veut donner à l’expérience. De nature réservée, il va néanmoins apprivoiser ce terrain de jeu qu’il regardait jadis de loin. Complétée par une expérience de photographe de mode, la comédie sera une arme pour le jeune homme pour prendre confiance et appréhender la lumière. Au départ il ne sait pas vraiment ce qu’il veut faire, s’essaye à de multiples casquettes jusqu’à trouver celle qui coiffera le mieux sa chevelure grisonnante. Écrire est un exercice libérateur et motivant. Il sent que l’envie de créer est là mais ne sait pas encore à ce moment-là la forme que tout cela prendra. Mais il écrit. Et il va écrire beaucoup. Maquetter. Retoucher. De poèmes innocents, ses textes deviendront des chansons qu’il habille avec subtilité, protecteur d’une matière brute qu’il ne veut pas dénaturer. La musique devient alors une évidence et la plus jolie des manières selon lui d’habiller un texte. L’engagement va avec la maturité, et Nicolas Vidal se met à écrire sur ce qui le touche. L’expérience de la vie, les épreuves, les déceptions, les remises en question, autant d’étapes qu’il transpose dans une créativité débordante. Touche-à-tout, Nicolas ne perd jamais une occasion d’apprendre et de tirer enseignement de ce que son dessein artistique lui propose d’expérimenter. D’albums en albums, il va prendre confiance et assumer quasiment tous les rôles. Comme une exigence de coller à une vérité, la sienne, pour porter des projets qui lui ressemblent. Légers et assurément pop sur la forme, ses textes n’en sont pas moins mélancoliques sur le fond. Cette véhémence à donner une double couleur à son univers s’opère naturellement. Très attaché à la forme, certainement de vieux réflexes de DA artistique passé par le milieu de la mode, il a de quoi brouiller les pistes. La pop souvent considérée comme un style voué à faire déhancher les plus récalcitrants peut avoir du relief, Nicolas Vidal en est une belle illustration. Son univers est une sorte de paradigme où tous les sentiments qui le traverse resurgissent magnifiés par de délicates teintes synthétiques qu’il manie avec grâce.

La spontanéité est certainement son arme la plus secrète. Quand il parle de sa manière de créer ou de sa carrière en dent de scie, il affiche à chaque fois cette même naïveté déconcertante à vivre les choses sans réellement les avoir provoquées. De nature impulsive, Nicolas Vidal vit dans l’instant présent. Il n’a aucun écueil particulier à parler de ses débuts en demi-teinte où ses premiers essais musicaux furent des formes approximatives de ce qu’il avait en tête. Pour « Bleu piscine », son dernier album solaire faisant date, il va faire le bilan de ses expériences acquises et adosser à nouveau tous les rôles. Mais cette fois il sait exactement ce qu’il veut, et dans le fond avec les thématiques abordées, et dans la forme bien sûr, qui viendra sceller comme une évidence la couleur du projet dans sa globalité. Initié en seulement trois semaine lors de ses vacances en Corse et en Thaïlande, le projet prend vie à son retour, dans la même frénésie qui poussera sa création. Tout va très vite et Nicolas ne perd pas le fil. Le résultat est un album engagé, reflet d’un enfant de la culture pop, qui a su reprendre les codes tout y apportant sa touche personnelle. Quant aux thèmes, l’artiste n’a aucun mal à parler d’homosexualité ou de dandys mondains, ses textes se révèlent moins autocentrés pour ouvrir davantage sur des sujets qui le touche, sans tomber dans la moralisation pour autant. Sa voix modeste n’a rien à envier à ses pairs. Souvent comparé à Étienne Daho, il est assurément de cette famille musicale. Il emprunte ses influences 80’s à Depeche Mode, le goût du visuel à Phœnix, la nonchalance d’un Alain Chamfort ou la pop moderne de Metronomy. Un enfant de la pop donc, qui a su capter l’essence d’une culture intemporelle, berceau d’une communauté d’enfants qui ne veulent décemment pas grandir. Sa fragile apparence cache en réalité un artiste solide, déterminé, modeste, patient, qui continue coûte que coûte à créer. Tant qu’il aura des idées, il aura des projets, et si le public se met à y adhérer, alors il aura réussi son pari. Et tout cela sera amplement mérité !

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